Bianca Chui: Musicienne, porte-parole, leader

Aimee RochardActualités et événements

par Xiaoyu Huang

Je connais Bianca Chui depuis un peu plus d’un an, et Tobias depuis à peu près le même temps. Svelte, disposant d’une mince silhouette, cou athlétique et court, et torse de forme oblongue, il accompagne Bianca partout où elle va. De jour, elle est une élève de deuxième année en Diplôme de Baccalauréat International à l’école secondaire Sir Winston Churchill, nichée dans les faubourgs du sud de Vancouver, loin des lumières et des clameurs du centre-ville, où une grande partie de la relève musicale des jeunes de la ville font leur marque. Le soir et les weekends, elle travaille avec énergie pour diriger une école pleine d’élèves-musiciens et mettre en lumière ce qui a été une rapide détérioration de la scène de l’éducation musicale locale, qui frise l’absurde. Elle a néanmoins trouvé le temps (aux côtés de Tobias) de devenir une formidable musicienne de jazz, se produisant dans des spectacles, concerts et levées de fonds avec un abandon et une prestance étonnante pour son âge.

Ma rencontre avec Bianca ressemble un peu à la manière dont nous sommes tous deux entrés dans l’action sociale en faveur de l’éducation musicale, soit presque par hasard. Nous avons tous les deux été candidats au poste de co-président du Conseil musical du secondaire à Churchill, au premier regard un fatras d’étudiants qui organisent des concerts et demandent un peu de soutien pour couvrir les coûts d’exploitation. De temps en temps, nous avons organisé un barbecue, et sous la fumée de saucisses brûlées et mâchonnant de manière insouciante des pains hotdogs tièdes, le Conseil musical bavarde sur les potins du département des Beaux-Arts et déplore que la date de tel concert est trop proche ou que tel ensemble sonne drôle en répétition.

Lorsque des changements sismiques ont commencé à se produire dans le système public d’éducation, plaçant l’éducation musicale au coeur même de notre environnement, nos rôles ont aussi commencé à changer. Bianca a été l’une des instigatrices derrière l’Orchestre silencieux : une dernière protestation contre les coupures envers les harmonies élémentaires et les cordes. Dans les premiers jours des examens de sortie de la première année, le Conseil scolaire de Vancouver (VSB) hérita d’un déficit de 21 millions de dollars de l’administration provinciale des libéraux de la Colombie-Britannique, et décida de couper un programme de 400 000 $ à l’élémentaire, un programme pour harmonies et cordes qui offrait à des milliers d’enfants dans les écoles élémentaires de la ville des cours d’initiation aux instruments à cordes, à vent et de percussions. L’équipe a décidé de placer la protestation directement sur la pelouse de la propriété de la commission scolaire, et Bianca a ardemment contacté média après média, gérant un vaste système de réseaux sociaux pour promouvoir l’événement en une seule semaine, travaillant d’innombrables heures malgré la maladie et l’imminence des échéances académiques.

Le jour de l’événement, la Société Radio-Canada, le Georgia Strait, OMNI Television, et cinq autres médias se sont pressés sur qui était auparavant une immense pelouse vide du conseil scolaire. Les enfants des écoles élémentaires de notre filiale se sont présentés avec leurs instruments (sans en jouer), au courant de ce qui allait advenir de leurs programmes de musique au cours de l’année scolaire à venir. Lorsque Maestro Bramwell Tovey (Orchestre symphonique de Vancouver), qui venait de diriger l’Orchestre philharmonique de New York la semaine précédente, a pris le microphone et livré un vibrant discours devant une foule de deux cents personnes, il devint clair que le travail de Bianca venait de porter ses fruits.

Cette protestation n’était pas la première initiative que Bianca avait prise dans ce domaine. Un mois plus tôt, elle s’était adressée à un rassemblement de centaines de personnes organisé par les neufs conseillers scolaires de Vancouver, lors de la première consultation publique du budget de Vancouver, sur le bien-fondé de maintenir les programmes de musique au niveau élémentaire, et ce, malgré les défis budgétaires. En vertu de la loi provinciale, s’ils se trouvaient incapables d’équilibrer le budget considérablement réduit (l’éducation musicale a été parmi les premières sacrifiées pour que cela se produise), les neufs conseillers pouvaient être congédiés.

Les quatre conseillers conservateurs Non-Partisans de l’Association appuyaient les mesures d’austérité et par conséquent le programme de musique élémentaire, et les cinq autres, partagés entre l’extrême-gauche Verte et la centre-gauche de Vision Vancouver, ont fait face à une enquête dûe à leur position contre l’acceptation du budget, qui signifiait donc la dissolution du conseil scolaire élu. La position de Bianca est claire : la musique est un fondement essentiel du programme scolaire de la maternelle à la 12e année. Les sept spécialistes en musique qui conduisaient tous les ensembles musicaux du niveau élémentaire dans le District, ne pouvaient pas être remplacés par des enseignants de classes régulières ayant une connaissance musicale rudimentaire. “L’éducation musicale à l’élémentaire est essentielle à la réussite musicale au niveau secondaire; l’investissement n’est pas excessif au regard des résultats qui en découlent.”

En plus de placer le casse-tête de l’enseignement de la musique sur la place publique où il est maintenant largement notoire, Bianca travaille également sans relâche à lever des fonds pour la rénovation de l’auditorium de Churchill, qui vieillit au-delà d’une utilisation appropriée, chapeautée par le projet pilote Projet de mise à niveau technologique de l’auditorium communautaire Churchill (CATUP). Elle – et Tobias – ont pris part à d’innombrables concerts avec les ensembles de jazz Churchill, toujours populaires, dont les performances ont recueilli des milliers de dollars en dons pour maintenir en vie et en santé cette essentielle salle de spectacle et lieu de rassemblement pour la communauté.

Bianca a joué un rôle déterminant pour aider cette école à atteindre un tiers des 45 000 $ nécessaires à la rénovation de l’équipement adéquat, alors que l’école continue de rassembler des ressources, déjà fortunée d’être là où elle en est maintenant.

Bianca ne vous parlerait pourtant pas de ces accomplissements. Elle est une boule d’énergie effervescents avec un penchant pour la micro-gestion et une confiance en elle quasiment intimidante, mais là où elle est le plus elle-même c’est quand elle met la politicaillerie de côté et devient musicienne. Elle a été membre de l’ensemble de jazz sénior de Churchill durant deux ans, jouant dans les festivals de jazz séniors du district et, au printemps de cette année, elle a pris part à deux semaines de spectacles et de cliniques dans la région du centre de Cuba. Tobias est un fidèle ami. Bianca adopte une attitude espiègle lorsqu’elle a son trombone à la main, nous faisant oublier sa posture académique lorsqu’elle est face à un producteur ou son assurance tranquille quand elle s’adressait à des fonctionnaires municipaux. Plutôt – un glissando capricieux, un solo fougueux, une phrase chromatique que le conducteur ne la laisse jamais “explicitement” faire – le jazz est le lieu où Bianca se livre à ces instincts qui révèlent tellement les énormes contributions qu’elle a faites, même pour que son propre ensemble deviennent une réalité. Un jour, je l’ai vue arriver allègrement à la répétition avec son trombone en main. “Je suis allée chercher Tobias à la boutique,” dit-elle. Le trombone était de retour, et Bianca aussi.